Prochain reportage : à définir

mercredi 10 juillet 2013

TDF #11


Surtout ne pas tuer le suspense. C'était la volonté des organisateurs du Tour de France en proposant moins, nettement moins, de distance chronométrée sur le tracé de la 100ème édition. Quand le Tour 2012 avait battu des records en la matière, 101,4 kilomètres, celui qui lui succède n'en propose que 65 mais seulement 33 favorables aux purs rouleurs. Une dernière fois, avant de s'enfoncer dans les terres jusqu'à atteindre les sommets alpins, dont le Ventoux jouera les éclaireurs dimanche, la course fait honneur au littoral. Et en guise d'apothéose d'une première partie d'édition à l'accent maritime, on ne pouvait rêver mieux que la baie du Mont-Saint-Michel pour terrain d'expression. 33 kilomètres entre Avranches (Manche) et l'îlot de granit. Pas davantage afin d'éviter des écarts trop conséquents et ménager le suspense. Ménager le suspense...


A la sortie des Pyrénées, Christopher Froome (Team Sky) a déjà éloigné l'ensemble de ses adversaires. Mais si certains sont définitivement hors d'état de nuire, tous ne sont pas franchement écartés. Alejandro Valverde (Movistar Team) est à 1'25", Bauke Mollema (Belkin) à 1'44", Alberto Contador (Team Saxo-Tinkoff) à 1'51"... Il faut néanmoins s'attendre à ce que ces écarts, importants mais pas suffisants, se creusent cet après-midi en direction de la huitième merveille du monde. Chris Froome est de loin le plus à l'aise dans l'exercice du contre-la-montre. Aux grimpeurs de tâcher de rester dans le coup à l'issue de cet exercice qui n'a rien de confortable et qui se présente pour eux comme le plus défavorable de toute la 100ème édition. S'ils sont prévenus qu'ils céderont encore du temps au Maillot Jaune, ils devront se battre contre vents et marées pour parvenir à endiguer un raz-de-marée chronométrique.


Tony Martin (Omega Pharma-Quick Step) est loin de toutes ces considérations. Double champion du monde du contre-la-montre de son état, l'Allemand avait bien mal entamé son Tour de France entre Porto-Vecchio et Bastia. Projeté au sol et pris dans un amas de corps et de mécaniques, le spécialiste du chronomètre s'était râpé tout le corps, à tel point qu'on ne l'imaginait pas repartir. Or non seulement Tony Martin a serré les dents pour faire fi des douleurs qui le tenaillaient, mais son corps meurtri a cicatrisé et ses guiboles surpuissantes ne lui ont pas fait faux bond. Il tirera allègrement son 58x11 (!) sur les 33 kilomètres de l'étape qu'il avait cochée de longue date, réalisant sous les yeux de l'archange perché à 170 mètres au-dessus de la Manche la meilleure performance de la journée à 54,271 km/h de moyenne.


Dès lors, tous les spécialistes vont se heurter au temps prodigieux de Tony Martin. Au temps pris sur la ligne en réalité car les chronomètres intermédiaires donnent la faveur des pronostics à Chris Froome, qui a quant à lui opté pour un braquet plus souple : 56x11. Presque tout de jaune vêtu déjà, une coquetterie que ne s'autorisent généralement que les vainqueurs pressentis du Tour de France dans les jours précédant leur sacre sur les Champs-Elysées, le Britannique passe en tête à Ducey (km 9,5) avec 1 seconde d'avance sur Tony Martin. Il double son avantage à Courtils (km 22)... puis recule curieusement sur les 9 derniers kilomètres, cédant sur cette dernière partie de course exposée au vent de face 14 secondes au champion du monde de la spécialité. Chris Froome ne gagnera pas ici sa deuxième étape d'un Tour de France qu'il maîtrise jusque-là à la perfection. Qu'importe, ce n'était pas là l'essentiel pour lui.


Concentré sur la seule idée de prendre le maximum de temps à ses adversaires, le porteur du maillot jaune aura fendu une haie de spectateurs sans prendre le temps d'admirer le cadre pittoresque de ce contre-la-montre en bord de mer, disputé dans une curiosité géographique inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Bruits et couleurs défilent sur son passage alors qu'il se sait en train d'assommer une deuxième fois le Tour de France, quatre jours après s'être paré de jaune à Ax 3 Domaines. Sans forcément signer de contreperformances, ceux qui pouvaient encore ce matin convoiter la victoire finale dans le Tour s'échouent à marée basse. Simplement battus par plus fort. Mais surtout repoussés aussi loin que possible par Chris Froome, dont l'avantage ce soir aurait contenté bien des vainqueurs du Tour à Paris.


Alberto Contado

En quittant définitivement le rivage, le Maillot Jaune possède désormais 3'25" d'avance sur son plus proche poursuivant Alejandro Valverde, lequel lui cède deux minutes pile aujourd'hui (13ème). Pour un peu ses suivants en seraient déjà réduits à se disputer la place de dauphin, mais on sait heureusement que ce n'est pas dans leur tempérament. Pour l'heure ils sont contenus dans un mouchoir de poche : Bauke Mollema à 3'37" (11ème du chrono à 2'05"), Alberto Contador à 3'54" (15ème du chrono à 2'15"). Reste que le grimpeur explosif Nairo-Alexander Quintana (Movistar Team) a pris un tir, 54ème à 3'28", ce qui le fait sortir de la zone rouge, désormais 8ème du classement général à 5'18", au grand bénéfice du décidément épatant Michal Kwiatkowski (Omega Pharma-Quick Step), qui récupère le maillot blanc. Côté français Jean-Christophe Péraud (Ag2r La Mondiale) entre dans le Top 10 après sa 19ème place aujourd'hui.

Pierre Rolland
Jean-Christophe Péraud a donc pris la 19e place du premier contre-la-montre individuel de ce Tour de France disputé entre Avranches et le Mont-St-Michel (11e étape). Sa réaction à l’arrivée : « Je pense que je peux être satisfait de mon chrono. Les sensations étaient assez bonnes et j’ai été à mon niveau. Je n’aurais pas pu aller plus vite de toute façon ! Le parcours était exigeant, assez venté, plutôt favorable aux rouleurs. Ce n’est pas ce que je préfère mais je pense que j’ai bien limité la casse. Je n’avais pas reconnu le parcours et j’étais un peu en aveugle dans les virages. C’est quelques secondes de perdues à l’arrivée mais à la fin du Tour ça ne comptera pas. »

 Cette performance permet à Jean-Christophe Péraud de se replacer au classement général et de pointer désormais au 10e rang : « C’est une place convenable mais le Tour de France est loin d’être terminé. Il reste les Alpes à passer et notamment le difficile chrono Embrun-Chorges. Je ne peux pas me satisfaire d’une 10e place au classement général alors que nous ne sommes qu’à mi-Tour et que nous n’avons disputé que deux étapes de montagne. Be quiet, wait and see ! »